SÖDERGRAN/HARMAJA : deux poétesses finlandaises

Décédées prématurément à 31 et 23 ans respectivement, Edith Södergran et Saima Harmaja sont deux poétesses majeures du début du 20e siècle. La tuberculose qui les rongeait toutes deux depuis l’adolescence, et qui les a emportées, a influencé leur rapport au monde, au corps et à la mort, mais aussi la rythmique du souffle de leurs poèmes. Je traduis ici en négligeant la différence entre prosodie classique et vers libre, qu’elles ont toutes deux pratiqués, et en recherchant plutôt la singularité de la respiration. En cherchant aussi à comprendre si elle peut « passer » entre des langues aussi différentes que le finnois, le suédois et le français.

LANDET SOM ICKE ÄR

Jag längtar till landet som icke är,
ty allting som är, är jag trött att begära.
Månen berättar mig i silverne runor
om landet som icke är.
Landet, där all vår önskan blir underbart uppfylld,
landet, där alla våra kedjor falla,
landet, där vi svalka vår sargade panna
i månens dagg.

Mitt liv var en het villa.
Men ett har jag funnit och ett har jag verkligen vunnit –
vägen till landet som icke är.
I landet som icke är
där går min älskade med gnistrande krona.
Vem är min älskade? Natten är mörk
och stjärnorna dallra till svar.
Vem är min älskade? Vad är hans namn?
Himlarna välva sig högre och högre,
och ett människobarn drunknar i ändlösa dimmor
och vet intet svar.
Men ett människobarn är ingenting annat än visshet.
Och det sträcker ut sina armar högre än alla himlar.
Och det kommer ett svar: Jag är den du älskar 
och alltid skall älska.

Edith Södergran, 1923

LE PAYS QUI N’EXISTE PAS

Je me languis d’un pays qui n’existe pas,
car tout ce qui existe, je suis lasse de le désirer.
La lune me parle en runes argentées
du pays qui n’existe pas.
Pays où chacun de nos souhaits est magiquement réalisé,
pays où toutes nos chaînent tombent,
pays où nous rafraîchissons nos fronts blessés
dans la rosée de la lune.
Ma vie fut une illusion fiévreuse.
Mais il y a une chose que j’ai trouvée, une chose que j’ai vraiment gagnée –
le chemin qui mène au pays qui n’existe pas.

Dans le pays qui n’existe pas
mon bien-aimé s’en va coiffé d’une couronne étincelante.
Qui est mon bien-aimé ? La nuit est obscure
et les étoiles scintillent en guise de réponse.
Qui est mon bien-aimé ? Quel est son nom ?
Les cieux se cambrent de plus en plus haut,
et un enfant d’homme se noie dans des brumes infinies
et il n’a pas de réponse.
Mais un enfant d’homme n’est rien sinon une certitude.
Et il étend ses bras plus haut que tous les cieux.
Et une réponse tombe : Je suis celui que tu aimes
et aimeras toujours.


SAIRAS

I

Pienet ja kärsivät tähdet
katsovat kaupunkiin.
Olen niin väsynyt tänään
tuskiini hiljaisiin.

Kerran, kauan sitten
palavaa unta näin.
Taivaalla hulmusi tähdet
ylleni syöksähtäin.

Siitä on liian kauan.
– Nyt minä rukoilen
vain, että tänään saisin
nukkua vähäsen.

II

Vain eläimet valittavat,
minä en saa valittaa.
On pimeä, pimeä maa.
Ja kuolema hiipii ympäri
ja saalistaa.
Minä olen ihminen. Rinnassa hirveä nyyhkytys
kuuntelen, kuuntelen kulkua kahisevaa.
Minä olen ihminen. Kuulkoon Jumala sydämeni
huudon,
kuolema, hiipivä kuolema ei sitä kuulla saa.

III

Oi Jumala, siipeni murtuneet
ota käsiisi ihmeellisiin!
Olen lentänyt liian kauas,
olen lentänyt eksyksiin.

Olen lentänyt siivin voitollisin
läpi ilmojen häikäiseväin.
Tuhat aurinkokuntaa kiersin,
joka ainoan taivaan näin.

Nyt rajalla viimeisen taivaan
ja rajalla kuoleman maan
minä vapisen enää hiljaa
ja rukoilen, rukoilen vaan.

IV

Niin kauan, niin kauan jo makasin näin,
pää raukea ikkunan valoa päin.
Pilvet liukuvat taivaalla,
metsä on himmeä tuskasta.
Niin kauan, kuin muistan, jo makasin näin,
pää pilvien lentoa päin.
Oi, oletko kuollut, Jumala,
kun en enää kaipaa haudasta,
kun ei vapise siipeni murtuneet,
vaikka pilvien nousun nään.
Oi Jumala, olenko kuollut jo,
kun en välitä, nouseeko aurinko,
vai laskeeko hämärä ikuinen
yli vuoteeni lämpöisen.

Saima Harmaja, 1931

(LA) MALADE

I

Les petites étoiles souffrantes
contemplent la ville.
Je suis si épuisée aujourd’hui
par mes douleurs silencieuses.

Une fois, jadis,
je faisais un rêve brûlant.
Dans le ciel les étoiles virevoltaient
jaillissantes par-dessus ma tête.

C’était il y a trop longtemps.
— Maintenant je prie
seulement de pouvoir
dormir un petit peu.

II

Les animaux seuls gémissent,
moi je n’ai pas le droit de gémir.
C’est une terre sombre, sombre.
Et la mort se faufile
aux aubois.
Je suis humaine. Dans ma poitrine un horrible sanglot,
j’écoute, j’écoute les pas qui frottent.
Je suis humaine. Puisse Dieu entendre le cri
de mon cœur,
la mort, la mort qui se faufile n’a pas le droit de l’entendre.

III

Ô Dieu, mes ailes brisées
prends-les dans tes mains merveilleuses !
J’ai volé trop loin,
j’ai volé à me perdre.

J’ai volé à coups d’ailes triomphantes
dans les airs fulgurants.
J’ai parcouru mille systèmes solaires,
j’ai vu tous les ciels.

Maintenant à la frontière du dernier ciel
à la frontière du pays de la mort
je tremble en silence
et je prie, je prie tout simplement.

IV

Si longtemps, si longtemps j’ai reposé ici,
ma tête alanguie tournée vers la lumière de la fenêtre.
Les nuages glissent dans le ciel,
la forêt est obscurcie de douleurs.
Aussi longtemps que je me souviens, j’ai reposé ici,
Ma tête tournée vers le vol des nuages.
Oh, es-tu mort, mon Dieu,
puisque je ne désire plus quitter mon tombeau,
puisque mes ailes brisées ne tremblent plus,
même si je vois les nuages monter.
Ô Dieu, suis-je morte déjà,
puisque m’indiffère que le soleil se lève,
ou est-ce la ténèbre éternelle qui s’étend
par-dessus ma couche tiède.

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