DEUX POÈMES DE PAAVO HAAVIKKO

Homme d’affaires autant qu’écrivain, Paavo Haavikko s’est imposé par sa prolixité et sa longévité comme une des grandes figures intellectuelles de la seconde moitié du 20e siècle en Finlande. Entrepreneur qui n’a pas peur d’écrire sur la politique, sur l’économie et sur l’histoire, il ne relègue pas la vie matérielle aux confins de la pensée mais milite au contraire pour en faire un objet de pensée incontournable. Il n’en a que davantage l’urgence, dans sa poésie, de chercher à mettre des mots sur ce que n’atteignent pas les autres usages des mots : des émotions et des sensations qui ne se laissent que difficilement écrire, et dont il incombe d’autant plus de faire reconnaître l’existence par les moyens de la littérature. Son langage à la fois si imagé et si pragmatique, propre à la Finlande et à la langue finnoise, est un défi de traduction, tant on peine à lui trouver des équivalents.


Joskus on lähdettävä ja oltava valmis
ja sidottava paperinsa yhteen
vietäväksi ullakoille tilikirjojen joukkoon,
joskus on lähdettävä ja jätettävä askeleet käytäviin,
ja kuljettava läpi huoneitten muistamatta.

Puhutaan monista muutoksista,
mutta tämän ainoan haluan väistää
ja alkaa pitkän matkan menneisyyttä kohti,

hyödyttömiin päiviin,
jolloin suuret kukat paleltuvat pengermällä
ja kallis puunhakkaaja palkataan kantoa lohkomaan,

ja palata viileydessä autioihin taloihin,
joissa tavarat on koottu epätavallisiin paikkoihin,
mutta moni paikka on ennallaan ja entisen kaltainen.

Paavo Haavikko, « Auringonkukkia », Tiet etäisyyksiin, 1951

Parfois il faut partir et il faut être prêt
et il faut relier ses papiers
pour les déposer au grenier parmi les registres comptables,
parfois il faut partir et laisser ses pas dans les couloirs,
et il faut traverser toutes les pièces sans se souvenir.

On parle de toutes sortes de changements,
mais celui-ci seulement je voudrais l’éviter
et entamer un grand voyage vers le passé,

vers les jours d’inutilité,
quand les grandes fleurs prennent froid sur les rochers,
et quand on paie cher un bûcheron pour débiter les souches mortes,

et puis dans le froid je rentrerais dans des maisons désertes,
où les objets ont été disposés à des endroits étranges,
mais tant de jours sont intacts et ressemblent aux jours anciens.

« Tournesols », Les Chemins vers les lointains, 1951


Minä menen savinaisen syliin ja minä menen maahan,
silmät panen kiinni,
panen kasvot multaan, valakaa siihen kasvot,
silmät panen maahan,
minä menen savinaisen syliin nukkumaan
jos minun tulee ikävä,
ja jos ikävä minun tulee niin minä menen keskelle lakeutta,
nähkää minut
oi nähkää: minä haluan nähdä
itseni lähtemäisilläni,
minä menen sitten taas maanpakoon maanrakoon takaisin,
oi nähkää: minä haluan nähdä
itseni ennen kuin tuuli yllättää, olen lumikuningas, minä seison,
minä seison tässä savisaappaat jalassa savilakeudella.

Paavo Haavikko, « Maanpako », Synnyinmaa, 1955

Je me mets contre le sein de la femme d’argile et je me mets contre terre,
mes yeux je les ferme,
je me mets face contre boue, qu’on y moule un visage,
mes yeux je les mets contre terre,
            je me mets contre le sein de la femme d’argile et je m’endors
si je me languis,
et si la langueur me vient alors je me mets au milieu de la plaine,
voyez-moi
            oh voyez : je veux me voir
moi-même en partance,
et puis je retournerai dans mon exil dans mon argile
            oh voyez : je veux me voir
moi-même avant que le vent ne me surprenne, je suis le roi des neiges, je suis debout,
je suis là debout des bottes d’argile aux pieds dans la plaine argileuse.

« Exil », La Terre natale, 1955

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