OPHELIA/TIEFSEE by Juha T. Koskinen

A Melologue in 9 scenes
Premiered at the Festival Présences in Paris on February 14th, 2017

Music by Juha T. Koskinen
Libretto assembled by Aleksi Barrière, after
William Shakespeare (The Tragedy of Hamlet, ~1600)
– Heiner Müller (
Die Hamletmaschine, 1977)
– Jules Laforgue (
Hamlet ou Les Suites de la piété filiale, 1886)
– and an anonymous theatre review (
Le Globe, 1827)

New production in La Chambre aux échos’s music theatre performance Violences
Premiered at the Finnish National Opera on February 6th, 2019

with Thomas Kellner (actor), Vladimir Percevic (viola) and the FNO Orchestra.

Musical Direction: Clément Mao-Takacs
Stage Direction, Co-Scenography, Video: Aleksi Barrière
Co-Scenography, Lighting: Étienne Exbrayat

About the work

In 1997, Juha T. Koskinen wrote a piece for solo viola and ensemble called Hamlet Machine, based on the famous play by Heiner Müller. Having long wanted to rework the piece, he accepted our invitation to develop his material into a new work of music theatre. A first instrumental segment was premiered with a video by Aleksi Barrière at the Novalis Music+Art Festival in Croatia in August 2015 by Secession Orchestra conducted by Clément Mao-Takacs. The complete version, constructed on a libretto by Aleksi Barrière, was premiered at the Festival Présences in Paris in February 2017 by the same team. The revised version was the central component of La Chambre aux échos’s performance Violences at the Finnish National Opera in February 2019 –it was embedded into a broader dramaturgical machine together with Katharina Blum (Heinrich Böll / Hans Werner Henze) and Sylvia Plath’s Lady Lazarus.

After a short love story with Hamlet, the prince of Denmark, the young Ophelia is rejected by him without an explanation, and the new king’s close circle uses and manipulates her in order to gain information on the motivations of the prince, who chose to hide behind the incoherent behavior of a mad man. In this context of perverse role-playing, Ophelia is herself threatened by insanity and might drown in the words written for her by all these men over the centuries. But can she even speak out, on a stage monopolized by a show-off called Hamlet?

In this version, roles are diffracted between the actor and the solo viola, both lost in a landscape occupied by the orchestra-chorus. The relationship between reality and its image, the actor and his character are central to this new version of an old story that keeps on rewriting itself over again.

La cruauté des histrions

« My lord… » C’est par cette adresse soumise que, dans la pièce de Shakespeare, Ophélie débute la plupart des réponses qu’elle fait à ses interlocuteurs, les rares fois où elle est invitée à s’exprimer. Ce personnage fascinant l’est d’autant plus que l’espace qui lui revient sur scène est constamment monopolisée par Hamlet, cet acteur mégalomane qui est tout ce qu’elle n’est pas : un homme, ambitieux, instruit, éloquent, socialement et rhétoriquement puissant. Ce n’est que dans la célèbre « scène de folie » qu’Ophélie occupe enfin le plateau, et hélas, elle cesse à ce moment-là d’être intelligible, et c’est un cri étouffé, qui par la noyade devient un cri dans l’eau.

On voudrait donner de nouveaux mots à Ophélie, ceux qui lui manquent, mais de quel droit ? Auteurs, interprètes, nous sommes cette fois encore entre hommes, et ce serait une fois encore parler à sa place, à la place de toutes celles qu’elle représente. Tout ce que nous pouvons faire, c’est reconnaître cette Autre qui dans tous ces textes essaie de s’exprimer mais que le rôle auquel la dramaturgie sociale la condamne fait taire. Cette triste farce est placée par Shakespeare sous le signe d’une théâtralité exacerbée, d’un jeu de masques qui se poursuit après la fin de la représentation, un théâtre en crue dans la vie que le 19e siècle a cantonné à l’étude psychiatrique de l’hystérie féminine, et que le théâtre de Heiner Müller propose de démystifier. Dans la surimpression des époques, nous pouvons poser pour aujourd’hui le « problème Ophélie » (notre problème, en tant que société), dont l’inquiétante persistance ne fait pas de doute malgré la variété de ses avatars. C’était sans doute la manière la plus honnête de procéder que de confier ce personnage à un comédien de sexe masculin, comme celui qui a créé le rôle vers 1600.

Ce kaléidoscope, ce théâtre condensé qui met à nu ses mécanismes et ses procédés pour mieux faire éclater les étincelles du choc des textes, est entièrement articulé par la partition de Juha Koskinen, qui réussit à fondre en une unité cohérente des fragments relevant d’esthétiques et de tons très contrastés, et surtout à suggérer par l’articulation subtile du textuel, du musical et du scénique, qu’il n’est pas vrai que « tout le reste est silence » quand Hamlet a fini de parler, ou du moins que ce silence est assourdissant.

(Pictures by Maarit Kytöharju)

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